La Datcha a ouvert un cycle créatif intime, avec la naissance de la collection SOLAIR, entre ombre et lumière.
Je viens de terminer la lecture de La Datcha d’Agnès Martin-Lugand.
Quel livre magnifique.
En vérité, ce livre m’avait été offert quelque temps après l’inauguration de l’Atelier Datcha. Je n’avais jamais osé le lire. Je ne sais même plus si je l’avais commencé. Les livres sont parfois facétieux : impossible de remettre la main dessus au bon moment, comme s’ils attendaient que nous soyons prêts.
Il a fallu une conversation, une typographie, une référence glissée presque par hasard, pour que ma curiosité se réveille. Il était temps.
Je me le suis procuré et il a rejoint la pile de livres sur ma table de nuit, compagnons fidèles de mes insomnies, de plus en plus fréquentes. Elles frappent sans prévenir, peu importe l’heure. Cette nuit-là, c’était à 1h30. J’ai lu jusqu’à 4h30. Il me restait une cinquantaine de pages. Je savais déjà que j’allais devenir orpheline de ce livre.
Je le savais : il y aurait un avant et un après.
Le matin, à dix heures, je l’avais terminé. J’ai aussitôt lancé la playlist indiquée à la fin, comme un épilogue, pour prolonger encore un peu, pour ne pas le laisser partir.
Je crois que je n’avais pas voulu lire ce livre plus tôt parce que je voulais créer ma propre Datcha. Je ne voulais pas imiter. Je ne voulais pas être influencée. Cela fait plus de huit ans maintenant que la mienne existe.
Et pourtant…
Elle la décrit si bien.
Les fêtes, les tables dressées, la vaisselle ancienne. Cette idée d’une maison conviviale, où l’on aime recevoir, chanter, danser, bien manger.
L’histoire se déroule au sud du Ventoux. J’ai grandi au nord, dans la vallée des Baronnies. Je connais ces paysages par cœur : les pins, la garrigue, le Ventoux que l’on observe — s’il a son chapeau, il va pleuvoir ; s’il est net, le mistral cingle ; s’il est enneigé, on prépare le bois pour la cheminée.
C’était comme si ce texte s’était glissé dans mon esprit.
Je partage cette mélancolie. Ce goût bohème pour les belles choses.
Je me suis demandé si tout cela n’était pas prémonitoire. Je ne sais pas qui a rêvé en premier, mais je suis certaine d’une chose : nous avons fait le même rêve.
Et cette phrase, au dos de la couverture :
Et si le pouvoir d’un lieu était d’écrire notre histoire ?
Elle résonne profondément avec mon rapport aux intérieurs, aux lieux sensibles, à ces espaces qui racontent sans tout dire.
Je suis aujourd’hui à un tournant pour l’Atelier Datcha. Un désir plus créatif s’impose. Comme s’il m’avait fallu tout ce temps pour comprendre combien les choses pouvaient enfin s’articuler avec justesse.
Je ne crois pas au hasard.
Cette lecture est venue confirmer un mouvement déjà à l’œuvre.
Ce livre parle magnifiquement des silences, des non-dits, des secrets de l’amour.
J’ai enfin mis un mot sur cette mélancolie qui m’habite parfois : la toska.
Elle est forte en ce moment. Et pour la première fois, je l’accepte. Je sais que de ces états naissent des fulgurances — en mots, en images, en gestes. Je sais que la créativité arrive, mais qu’elle ne ménage pas.
Alors les objets, les mots, les formes qui composent mon univers ont besoin de voir le jour. Je ne peux plus les taire. Il y a un temps pour tout.
Une collection est en train de naître.
Elle s’appelle SOLAIR.
Parce qu’elle sera faite d’ombre et de lumière.
De mots voilés.
De lignes, de dessins.
De fleurs.
De choses qui viennent la nuit.
Le temps est venu.
Merci Agnès Martin-Lugand
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