C’est en découvrant son atelier que la rencontre avec Sandrine Ginisty s’est faite. Au rez-de-chaussée d’une maison de ville paisible à Toulouse, je découvre comme assoupi son espace de travail. Il me fait penser à ces maisons dans les animés de Miyazaki, en lien direct avec le jardin et je m’attends à voir surgir des animaux fantastiques, mais seul un chien alangui est là. Sandrine Ginisty m’accueille pour une journée à l’occasion d’un stage de gravure. Autour de nous une presse, des papiers, des outils, une bibliothèque, de grandes tables et un évier. Tout est patiemment organisé, on voit qu’il faut respecter un ordre de marche.
 
Aux murs, quelques-uns de ses dessins me donnent envie d’en savoir plus.

“Je vous souhaite la tendresse” réunit 25 œuvres récentes de Sandrine Ginisty. Des dessins, des gravures qui évoquent des organes féminins, des paysages intimes, faussement légers. Des formes suspendues. Elle dessine un paysage intérieur précieux, apaisé. Un paysage de la résilience, en contre-pied aux relents de violence ambiante.

 

Le temps est ralenti, dans un monde ailleurs, fait de superpositions de formes, de couches transparentes, d’eau, de couleurs fluo, de tracés et de boucles accidentées.

J’y vois un lien avec beaucoup de femmes artistes dans le travail de la sculpture, de la broderie et du textile : Louise Bourgeois, Annette Messager, Emilie Faïf, Pierrette Bloch, Sheila Hicks, Rieko Koga. Ce qui la touche le plus c’est l’art qui soigne, qui sauve.

 

A l’inverse, elle a réalisé des grands panoramiques avec cinq papiers peints pour la maison d’édition Labo Léonard où elle nous happe dans les filets de ses formes suspendues, jamais menaçants.

Aux confins de l’origine du monde, d’une nouvelle utopie.

Le regard se perd dans cette mer de traits. On peut y voir des projections d’ombres colorées sur des cavités comme d’immenses galaxies où tout est équilibre, calme et volupté. C’est un travail minutieux, méditatif. Les petits formats concentrent notre regard comme des bijoux délicats : papiers embossés, dorures, perforations s’entremêlent.